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L’humilité, l’honneur, et la fidélité…

L’humilité, l’honneur, et la fidélité…

Il y a des semaines comme ça où l’on se dit que tout fout le camp, que les meilleurs s’en vont les premiers, que l’on ne verra plus la face de patriarche de Michel Duchaussoy, les BD de Moebius, et les films de Pierre « 317e Section » Schoendorffer.

A chacun son qualificatif : l’humilité pour Michel, l’honneur pour Pierre, la fidélité pour Jean…

Michel Duchaussoy :un comédien humble

Il était la gentillesse incarnée, la disponibilité personnalisée, l’humilité faite homme. Michel Duchaussoy avait un talent fou, une discrétion à toute épreuve. Son plaisir était celui du metteur en scène, du bon travail, et de l’émotion juste. De Claude Chabrol à Patrice Leconte en passant par Jean-François Richet, ils sont tous unanimes dans l’hommage à cet acteur trop souvent cantonné à des seconds rôles là où il aurait mérité l’affiche.

Il restera comme le directeur d’école du « Petit Nicolas », le père de Jacques « Mesrine », ou le commis voyageur, Balzac, dans « Les portes de la gloire ». Parmi ses récompenses, on retiendra ce Molière, en 2003, pour un second rôle dans Phèdre, mis en scène par Patrick Chéreau. Il sera une dernière fois à l’affiche cet automne, pour jouer le rôle d'Abraracourcix, dans « Astérix et Obélix : Au service de sa majesté ». Agé de 73 ans, Michel Duchaussoy, ce boulimique de travail, a quitté la scène sans bruit, ni tambour, comme il a vécu : en homme de bien.

Pierre Schoendoerffer : un homme d’honneur

Autre homme respecté et respectable, Pierre Schoendoerffer aura toute sa vie été fidèle aux idéaux de sa jeunesse. Marqué à vie par la guerre d’Indochine et la défaite de l’armée française à Dien Bien Phu, il n’aura de cesse dans ses films, de rendre hommage aux causes perdues et aux soldats disparus. Politiques, cinéastes, écrivains, militaires, tous étaient aux Invalides pour les funérailles de celui qui restera dans l’histoire du 7e Art comme le réalisateur de « La 317e Section », « Le crabe-tambour », « Dien Bien Phu » ou « L’honneur perdu d’un Capitaine ».

Jacques Perrin, son double sur l’écran, Jean Rochefort, et tous les autres qui avaient de l’amitié pour ce baroudeur qui avait mis sa vie en accord avec ses actes. A 83 ans, il a tiré sa révérence à un monde qu’il ne comprenait plus, lui qui avait tant d’amour pour la patrie, le drapeau, l’armée. C’était avant tout un homme d’honneur, fier de son engagement et de son béret rouge de para. Un grand homme...

Jean Giraud dit Moebius : un artiste fidèle

Lui aussi faisait partie de cette famille humaine dont on aimerait faire partie. Jean Giraud plus connu comme Moebius, était un dessinateur et un scénariste de bande dessinée reconnu comme un maître. Il avait débuté dans « Spirou », « Pilote », puis « Metal Hurlant » où il a narré les aventures d’un des personnages les plus connus de la BD, le Lieutenant Blueberry qui fera l’objet en 2004 d’une adaptation au cinéma par Jan Kounen. Moebius défendra toujours cette œuvre avec Vincent Cassel qui faisait la part belle au chamanisme, lui que certains désignaient comme « un chaman féru de fantastique et de science-fiction ».

Avec Alejandro Jodorowsky comme scénariste, il dessinera les planches sublimes de « L’Incal ». Pour beaucoup, dont nous faisons partie, « L’Incal » est la meilleure série de science-fiction de tous les temps. Moebius a toujours été fidèle à une certaine éthique du trait, à un ésotérisme « maison », à une symbolique qui a servi de cadre au film culte de Ridley Scott, « Alien »… avant de collaborer à « Abyss » de James Cameron ou « Le cinquième élément » de Luc Besson… A 73 ans, Jean Giraud a laissé ses crayons dans un coin, lui aussi s’en est allé, tout aussi discrètement que ses deux compagnons d’infortunes que le hasard, qui n’existe pas, a réuni.

Pascal Gaymard

Photo : Michel Duchaussoy

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