Michel Vauzelle : « Estrosi devrait plus s’inquiéter de sa gestion que de la mienne »

Michel Vauzelle : « Estrosi devrait plus  s’inquiéter de sa gestion que de la mienne »

Deux semaines après la naissance de Nice Côte d’Azur, première Métropole de France, le président Estrosi déplorait toujours l’absence prolongée de Michel Vauzelle. Le président socialiste de la Région Paca est finalement réapparu à Nice, jeudi dernier. Maître en son fief du 33 boulevard Notre Dame, il s’est enfin exprimé sans langue de bois, dans un long monologue.

«Dans mon esprit, la Région Paca est un seul territoire », précise d’emblée Michel Vauzelle, président du Conseil régional, en pointant du doigt « l’assemblage disparate » du périmètre de la Métropole niçoise. Un message adressé aux « Pacaïens » sous forme de preuve d’engagement à long terme. Son but : protéger ses liens avec la capitale azuréenne et le reste des Alpes-Maritimes. « Ce qui exige que nous continuions à travailler ensemble pour tirer collectivement profit des talents de chacun des territoires ».

Nul doute qu’il n’a pas apprécié que les élus des 46 communes lui fassent un enfant dans le dos. Peu fier de la naissance du premier établissement public de coopération intercommunale, Michel Vauzelle se lâche.

« La politique du déshabiller Pierre pour habiller Paul »

Son aboutissement ne tiendrait, selon lui, qu’à l’évolution schizophrénique de son nouveau rival : Christian Estrosi. « Et pour cause, je le sens bien impatient de récupérer une grande partie des compétences attribuées par la loi aux conseils régionaux » annonce-t-il tout en expliquant que la naissance de la Métropole, appuyée par la réforme des collectivités territoriales de 2010, n’œuvrera qu’à la déconstruction des Régions.

« Avant même que celle-ci ne soit juridiquement créée et qu’il n’en soit élu président, il m’a écrit, en décembre dernier, pour réclamer les compétences économiques. Le risque d’une déperdition des espaces agricoles et naturels au profit de l’urbanisation n’a donc jamais été aussi grand » lance-t-il tout en dénonçant ce qu’il surnomme « la politique du déshabiller Pierre pour habiller Paul ».

« Un petit jeu médiocre »

« Si j’insiste sur ce point, c’est aussi pour dire que je conteste les faux procès qui nous sont faits par les grands élus de ce territoire » indique Michel Vauzelle au sujet « d’un petit jeu médiocre ». « Monsieur Estrosi m’a reproché, samedi dernier, sur un plateau de télévision, d’être abonné absent depuis un an. Or, cela est totalement faux puisque je lui ai encore proposé en juillet dernier, et ce n’était pas la première fois, que soit signé le contrat de développement que nos assemblées respectives ont voté dès l’été 2009 ! ». Idem pour ce qui est de l’Opération d’intérêt national (OIN) de la Plaine du Var : « La Région n’a absolument pas l’intention de se désengager des projets qui illustrent nos ambitions communes. Elle n’a d’ailleurs jamais ménagé son soutien envers les Alpes Maritimes, à qui elle a consacré plus d’un milliard d’euros en dix ans », rappelle celui-ci.

Vauzelle contre-attaque

À ce sujet, le président de la Région Paca annonce que le maire de Nice lui en voudrait de n’avoir proposé qu’une aide de 7 millions d’euros pour la construction de l'Olympic Nice Stadium. « Monsieur Estrosi devrait pourtant plus s’inquiéter de sa gestion que de la mienne », tonne ce dernier. « La dette de la Région ne représente que 358 euros par habitant, tandis que celles cumulées par Nice et sa communauté urbaine s’élèvent à 2 191 euros par habitant.

Pour se désendetter, il faudrait douze ans à la Ville de Nice et neuf à la communauté urbaine quand il n’en faudrait que quatre et demi à la Région ». Concernant les allégations de ce dernier sur la fiscalité régionale, Michel Vauzelle est clair : « Elles sont étonnantes car, depuis 2010, la Région ne perçoit plus ni taxe foncière, ni taxe professionnelle, et la part de la fiscalité dans ses recettes représente 10%. Ce qui fait qu’elle dépend, pour l’essentiel, des dotations de l’État, qui, étant figées, sont, en réalité, diminuées ».

Le droit de choisir

En dépit de tout cela, Michel Vauzelle se dit pourtant prêt à « dépasser les vieilles querelles de clochers » en signant enfin, avec le Maire de Nice, le contrat de développement ainsi que le protocole financier relatif à l’OIN qui l’engage à hauteur de 725 000€ par an, pour les quinze ans à venir. Une volonté de conciliation qui contient toutefois certaines conditions. « Quand on paye, on a aussi le droit de voir et de choisir. Nous n’accepterons pas d’être mis devant le fait accompli ou menacés d’ultimatum », explique-t-il.
« Ces précisions étaient nécessaires à l’heure où l’on cherche à opposer les territoires et à alimenter des sentiments isolationnistes ».

Olivier Porri-Santoro